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Les aventures des trois princes de Serendip

Conte-énigme

Source Premier conte du recueil Hasht Bihisht, « Les Huit Paradis », 1302.

Âge : 10-12 13+

logique formelle ordres de grandeur

pensée critique résolution de problèmes confiance en soi décomposition du problème

modéliser représenter raisonner communiquer remettre en question

Notions Contenu mathématique mobilisé (nombres et calculs, grandeurs et mesures, géométrie, logique, organisation, modélisation…). Démarche Ce que l’histoire et ses personnages illustrent de la démarche mathématique : stratégies, aptitudes, mais aussi situations et émotions mobilisées dans l’activité mathématique. Compétences Compétences transversales travaillées quand on écoute ou raconte l’histoire, utiles pour réussir en mathématiques.

Commentaire pédagogique : Comment peut-on décrire avec précision un animal qu’on n’a pas vu ? Les trois princes ne devinent pas, ils raisonnent à partir de traces. C’est un très bon point de départ pour travailler l’observation, l’inférence, l’élimination d’hypothèses et la justification d’un raisonnement.

Mot inventé par l'écrivain britannique Walpole en 1754, la sérendipité implique un monde attentif à l'inattendu et au raisonnement imaginatif. Elle demande une attention aux marges, à ce qui n'a pas été programmé, à ce qui se présente fortuitement.

Résumé : Serendip est l'ancien nom arabe de l'île de Ceylan dont un conte oriental nous apprend que les princes étaient capables d'utiliser des indices particulièrement ténus pour remonter logiquement à des faits dont ils n'avaient, a priori, aucune connaissance.

Fragment résumé du conte Les Pérégrinations des trois fils du roi de Serendip d'Amir Khusrau, poète persan. (Premier conte du recueil Hasht Bihisht, « Les Huit Paradis », 1302)


Les trois fils du roi de Serendip refusèrent après une solide éducation de succéder à leur père.
Le roi les expulsa.
Ils partirent à pied pour découvrir le monde, les pays et bien des choses merveilleuses.
Sur la route, ils s'arrêtèrent en un endroit couvert d'herbe, dont une partie était broutée et l'autre intacte.
L'aîné dit :

– Le chameau qui a mangé cette herbe est borgne de l'œil droit.
Le deuxième ajouta :
– Il a la queue coupée.
Le cadet continua :
– Il s'est échappé des mains de son maître, parce qu'il est farouche.

Un peu plus loin, ils rencontrèrent un homme monté sur un chameau, qui leur conta qu'il cherchait un chameau disparu.

L'aîné lui dit :
– N'est-il pas borgne de l'œil droit ?
– Oui.
– Ne penche-t-il pas du côté droit ? dit le deuxième.
– Oui.
– Il n'a pas de queue, dit le cadet.
– C'est vrai.
– Et il est farouche, ajouta ce dernier.
– Oui, et où est-il ?
– Nous ne l'avons pas vu.
– Si vous ne l'aviez pas vu, comment pourriez-vous m'en donner le signalement ? Rendez-le moi !

Il leur demanda où ils allaient. Les frères lui dirent qu'ils se rendaient à Nadjran, auprès d'Afa, le devin. Cet homme s'attacha à leurs pas et les suivit jusqu'à cette ville.

Afa ne les connaissait pas, mais il les reçut gracieusement et leur demanda le sujet de leur voyage. Ils le lui dirent. Le propriétaire du chameau demanda au roi d'arranger d'abord l'affaire qu'il avait avec eux, et il lui exposa sa plainte :

– S'ils n'avaient pas vu mon chameau, ajouta-t-il, comment pourraient-ils m'en donner le signalement ?

L'aîné dit :
– J'ai reconnu que ce chameau était borgne de l'œil droit, à ce qu'il avait brouté l'herbe d'un côté seulement, et qu'il ne l'avait pas touchée du côté où elle était la meilleure.

Le deuxième dit :
– J'ai remarqué que son pied droit avait imprimé sur le sol des traces bien marquées, et je n'ai pas vu celles de l'autre pied ; par là j'ai su qu'il penchait du côté droit.

Le cadet dit :
– J'ai vu que ses crottins étalent réunis en tas, comme ceux du bœuf, et non comme le sont ordinairement ceux du chameau, qui les écrase avec sa queue, j'ai reconnu par là qu'il n'avait pas de queue.
Et dit :
– J'ai remarqué que l'herbe n'était pas broutée à un seul et même endroit, mais qu'll avait
pris partout une bouchée, j'ai su ainsi que le chameau était d'un caractère farouche et
inquiet.

Le devin admira le savoir et l'intelligence des trois frères. Cette manière de juger fait partie de l'art de la divination et on l'appelle bâb-al tazkin ; c'est une des branches de la science.
Ensuite le devin dit au plaignant :

– Va-t-en, ces gens n'ont pas ton chameau.

Après de nombreux voyages, ils rentrérent dans leur pays pour succéder à leur père.